Il y a de ces spectacles dont on ressort avec l’impression d’avoir frôlé la perfection artistique. Pour ma part, c’est au théâtre que je ressens le plus souvent cela… 3 ou 4 fois par année peut-être quand je suis chanceux et que je vois beaucoup de pièces.

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Dans les autres formes d’arts de la scène, c’est plus rare, mais par conséquent ça me frappe peut-être encore plus longtemps (c’est le cas de la 10e symphonie de Chostakovitch jouée il y a quelques années (je n’ai malheureusement pas vu celle présentée par l’OSM le mois dernier pour comparer), le plus récent concert de Radiohead à Montréal, celui de Daft Punk way back when en 2007, et dont je me rappelerai probablement sur mon lit de mort. Giselle, par le Ballet national de Cuba, compagnie mythique invitée par les Grands Ballets Canadiens en 2011 (et de retour en 2016, je vous en reparlerai, c’est certain). Mais bon, fini ce long #TBT entre parenthèses).

Pour en revenir au théâtre (et à 2015), je trouve que nous sommes particulièrement choyés cette saison à Montréal. Après On ne badine pas avec l’amour, jouée sur les planches du Théâtre Denise-Pelletier, et PEEP SHOW, qui nous a percutés de plein fouet à l’ESPACE GO, j’en suis déjà à vous parler d’une troisième pièce de ce que j’appelle la perfection sur planches.

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La Divine Illusion fait des ravages depuis un mois au Théâtre du Nouveau Monde (et avant cela en anglais au célèbre Shaw Festival, à Niagara-on-the-Lake) et nous sommes en pleine semaine de supplémentaires! Je commence par les infos pratiques, pour être certain que vous compreniez bien qu’il reste 4 représentations à Montréal, dont une samedi soir avec surtitres anglais pour nos amis anglophones, qui devraient s’y précipiter aussi (pour réserver vos billets, c’est ici).

Le tandem Michel Marc Bouchard et Serge Denoncourt, qui nous a éblouis et touchés avec Christine, la reine-garçon, nous revient avec une nouvelle fiction historique qui (re)compose le passé pour mieux nous faire saisir l’imparfait du présent. Cette phrase, empruntée au site du TNM, résume parfaitement mon sentiment au sortir de cette pièce, dont l’action se déroule à Québec en 1905, où les habitants vivent sous la chape castrante et du clergé et dans la poigne étouffante (littéralement) de l’industrialisation. Ces deux grands manipulateurs de masses.

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Arrive alors un autre grand influenceur: l’art libérateur, qui entre en scène sous forme de la plus célèbre comédienne du monde, Sarah Bernhardt. La ville est en émoi.

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Nul n’en est plus excité que Michaud, un séminariste que le théâtre attire bien plus que la prêtrise. Nul ne s’en fiche davantage que Talbot, pour qui la prêtrise n’est rien d’autre que le chemin que sa mère lui a imposé pour sortir sa famille de la misère et du travail en usine.

Il est impressionnant de faire l’énumération des critiques du Québec de 1905 qui s’applique toujours au Canada et au monde en 2015! Prêtres pédophiles (pensez au film Spotlight, toujours en salle, en nomination aux Golden Globes 2016 et bien d’actualité), travail des enfants et exploitation d’ouvriers (pensez-y quand vous éteindrez vos téléphones intelligents faits en Chine et les mettrez dans vos poches ou sacoches fabriquées au Bangladesh), bataille constante pour obtenir le soutien de l’état à la culture (on verra à quel point les Libéraux y changeront quelque chose). Il y a même, ironiquement, de superbes critiques du monde du théâtre lui-même, que ce soit Tchekhov ou George Bernard Shaw, les contemporains de la Divine, ou de petites piques que l’on peut bien s’imaginer dirigées envers nos Robert Lepage et Dominic Champagne d’aujourd’hui.

Et pour incarner celle par qui ce théâtre et ce scandale arrivent : la magnifique Anne-Marie Cadieux. Elle même sublime, si pas divine également. Le reste de la distribution est excellent aussi, soit dit en passant.

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Enfin, pour ceux qui n’auront pas le temps de voir la pièce à Montréal d’ici ce weekend, pas de panique, La Divine va faire ses valises et voyager à travers le Québec cet hiver. Voici le calendrier de sa tournée québécoise.

Jonathan

P.S. Tant qu’à vous en avoir parlé : Daft Punk, les boys, c’est le temps d’une prochaine tournée SVP. En attendant, voici des extraits, jusqu’à 3:30, de mon meilleur moment de concert à ce jour (je suis un optimiste, y en aura d’autres). Vive la culture sous toutes ses formes. #CultureIsEverywhere

Photos : Yves Renaud

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Jonathan a eu la piqûre mode tardive, à force d’accompagner sa blonde (brune, rousse, rose) Lolitta dans ce monde en perpétuel mouvement qui lui a permis de faire de fascinantes rencontres et découvertes. Passionné d’écriture et grand amateur d’art et de culture, Jonathan signe les articles culturels du blogue. Il est aussi le chroniqueur mode et beauté masculine de Fashion Is Everywhere, et se compte bien chanceux d’être le seul gars de l’équipe, entouré de quatre extraordinaires collaboratrices. Il est aussi le réviseur et traducteur du blogue... faque s’il y a une faute, c’est de sa faute! Ah oui! Il trippe golf ;)